Réponse à la tribune « L’antisémitisme est l’affaire de tous »

Voici la tribune publiée en réponse à celle du Parisien « L’antisémitisme est l’affaire de tous » et que nous sommes plusieurs à avoir cosigné. Pour la soutenir vous-aussi, rendez-vous ici : https://www.facebook.com/combattreantisemitisme/


La lutte contre l’antisémitisme doit être le combat de tous

« L’antisémitisme est l’affaire de tous », clament à raison plus de 250 signataires, après avoir publié dans Le Parisien, dimanche 22 avril, une tribune contre « le nouvel antisémitisme ».

Cette tribune s’alarme, à juste titre , de l’insupportable regain des crimes et délits antisémites.

Depuis une dizaine d’années, des juifs ont été assassinés en France, parce que juifs ! La parole antisémite s’est libérée et a franchi la ligne rouge qui mobilisait des millions de Français dans la rue pendant les soixante ans qui ont suivi la Shoah et la collaboration vichyste.

Cet appel souligne, à raison, le rôle délétère des islamistes et de leurs réseaux idéologiques, lesquels partagent les obsessions antisémites de l’extrême droite et d’une partie de la gauche radicale. Il est hors de question de minorer cette réalité.

Pourtant, il fait l’impasse sur l’autre carburant de cette résurgence de l’antisémitisme qu’est la montée des populismes nationalistes. Plus grave encore, en enfermant cette dénonciation dans une opposition identitaire à une communauté musulmane voulue uniforme, en l’essentialisant dans l’injonction à modifier le Coran, il alimente le fantasme d’une « oumma » que tente de faire advenir l’idéologie des islamistes. Enfin, en mêlant des signataires honorables à des figures proches de la droite identitaire, il décuple le risque de confusion.

Antisionisme radical

Les préjugés antisémites sont très forts dans toute l’Europe, et ils touchent toutes les classes sociales et toutes les confessions, comme l’indiquent les études les plus récentes. Toujours vivace à l’extrême droite, l’antisémitisme a trouvé, depuis les années 1960, un nouveau masque sous la forme d’un antisionisme radical qui reprend les stéréotypes de l’influence occulte des juifs, notamment en laissant croire que toute critique de la politique israélienne est interdite. Dieudonné et ses réseaux l’ont bien compris en désignant à la vindicte « les sionistes » pour tenter d’échapper aux lois qui punissent en France les discours de haine.

On se souvient d’appels à tuer les juifs qui ont fusé dans la rue en juillet 2014, dans le silence d’une partie de la gauche radicale présente dans ces cortèges, et aussi de ceux entendus à « Jour de colère » en janvier de la même année, patchwork de militants d’extrême droite, adeptes d’Alain Soral, proches de Civitas, du Printemps français, de La Manif pour tous, et des supports de Dieudonné, des pro-Assad, des pro-Hezbollah, tous réunis par la même obsession.

L’antisémitisme islamiste se nourrit tout à la fois de préjugés antisémites liés aux théories du complot – nul n’ignore le succès dans le monde arabe des Protocoles des sages de Sion – et d’une cause palestinienne instrumentalisée. Le djihadisme takfiriste véhicule toutes les haines et commande toutes les tueries : celles des juifs, des homosexuels, des
femmes, des mécréants, des minorités religieuses, y compris musulmanes.

La République doit affirmer sa détermination sans faille à contrer et punir non seulement les prédicateurs de haine, mais toutes les militances appelant à la détestation meurtrière. Car la porosité de l’idéologie des islamistes parmi nos concitoyens musulmans existe et doit être combattue pour ce qu’elle est : un danger imminent pour les juifs, pour la France, pour la démocratie.

L’antisémitisme se doit donc d’être dénoncé dans sa globalité. Si nous focalisons notre attention sur le seul antisémitisme des islamistes, nous déculpabilisons tous les autres et ne pouvons le combattre pleinement.

Dépasser les instincts communautaires

Mais, là encore, il manque une précision à la tribune du Parisien. On peut dénoncer les mésusages du concept d’islamophobie, tout en reconnaissant qu’existent aussi en France des actes et des propos antimusulmans que la République, d’ailleurs, condamne au même titre qu’elle condamne tous les racismes. Car l’enjeu est bien de pouvoir combattre toutes les formes de racisme, qui représentent un danger imminent, non pas seulement pour les juifs ou les musulmans, mais pour la France et la démocratie.

Ce qu’occulte également cette tribune, c’est la montée dans le monde, et en Europe, des populismes nationalistes et la remise en question des valeurs des Lumières par des gouvernements tels que ceux de Pologne, de Hongrie, de Russie, de Turquie. Les idéologies se réclamant du nationalisme et du conservatisme attaquent sournoisement les droits de l’homme et les valeurs démocratiques. Dans la plupart de ces pays, l’expression populiste est empreinte d’antisémitisme, de racisme, d’homophobie, de sexisme.

Ce serait une défaite intellectuelle, voire civilisationnelle, de penser pouvoir lutter contre l’antisémitisme en excluant de l’universalisme nos concitoyens musulmans, au motif qu’une petite partie adhère à une idéologie mortifère.

Pour nous, la lutte contre l’antisémitisme exige d’être conduite au nom des valeurs progressistes fondatrices de nos démocraties. Elle doit être le combat de tous, responsables musulmans compris (dont, il convient de ne
pas l’oublier, certains ont donné l’exemple). Mais on ne peut pas sérieusement demander à nos concitoyens musulmans de « nettoyer » leur livre saint, de retirer tel ou tel passage du Coran. D’autant que tout laisse à penser que cela ne changerait rien ni à la banalisation de l’antisémitisme ni aux obsessions islamistes.

Sommes-nous confrontés à une guerre de religion ? Non, nous sommes engagés dans un combat des Lumières contre les obscurantismes. La lutte contre l’antisémitisme ne peut pas se compromettre avec un populisme réactionnaire à « bas bruit ». Elle est indissociable du combat antiraciste, égalitaire, républicain et unitaire. Dépasser les peurs et les instincts communautaires est une exigence fondamentale pour que l’ensemble de nos concitoyens, quelles que soient leurs valeurs intimes, vivent dans une société plus juste et plus sûre.


Combattre l’antisémitisme, premiers signataires :
Christophe Aaron Grand, juriste ; Farid Abdelkrim, auteur et comédien ; Jeanne Claire Adida, psychanalyste ; Sofia Alaoui, cinéaste ; Fabienne Ankaoua, théâtraliste ; Pierre-Jérôme Adjej, auteur, photographe ; David Assouline, vice-président du Sénat, sénateur de Paris (PS) ; Hanna Assouline, réalisatrice ; Eve Amouyal, directrice générale événementiel ; Paola Ballerini, PhD biologie moléculaire ; Serge Barbet, directeur délégué du Clemi ; Fabienne Battault, conseillère en insertion ; Stephanie Bazylak, journaliste ; Abraham Bengio, militant antiraciste ; Aïcha Ben Jelloun ; Tal Benoliel Sfadj, professeur d’hébreu ; Sophie Bolender-Reydellet, directrice de production ; Flora Bolter, politiste ; Caroline Boris, avocate ; Dominique Bouissou, militante antiraciste ; Omar Bouraba, militant associatif ; Emmanuel Brassat, professeur de philosophie, Cergy-Pontoise ; Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paix au Proche-Orient ; Corinne Bouilhac, technicienne qualité ; Maryne Bruneau, syndicaliste ; Gaël Brustier, politiste ; Denis Charbit, politiste ; Frédéric Chenou, ingénieur ; Stéphane Chenou-Boyer, cadre de direction associatif ; Gauthier Caron-Thibault, premier adjoint au maire du 3e arr. de Paris (PS) ; Sérénade Chafik, militante féministe ; Dominique Chevalier, géographe ; Samir Chikhi, chargé de mission ; Vincenzo Cicchelli, sociologue ; Denis Cohen, compositeur ; Dominique Cosnil, journaliste, écrivain ; Stéphanie Courouble-Share, historienne ; Laurence Croix, psychanalyste ; Jean-Philippe Daniel, consultant en communication ; Justine Daragon, consultante ; Charles Darrasse, pianiste ; Alain David, directeur de programmes au Collège international de philosophie, bureau national de la Licra ; Raymond Debord, cadre en protection de l’enfance ; Bruno Demolin, dirigeant d’entreprise ; Tremeur Denigot, fonctionnaire ; Gilles Denis, historien de la biologie ; Rémi Desert, directeur formation ; Daniel Dhombres, membre du bureau national de SOS Racisme ; Adélie Elbaz, dirigeante ; Christophe Fernandez, militant ; Nasser Ferradj, attaché territorial ; Daniela Festa, juriste et géographe ; Stéphane François, historien ; Antoine Germa, scénariste ; Kamal Hachkar, cinéaste ; Pierre Henry, président association France Fraternités ; Michel Hessel, psychanalyste ; Jérôme Impellizzieri, dirigeant associatif ; Elisabeth Jean Benichou, présidente de présidente de FDM-ADFE Athènes ; Catherine Join-Diéterle, historienne d’art ; Maati Kaabal, Les jeudis de l’IMA ; Mika Kanane, cadre dans la fonction publique et auteure ; Pierre Kanuty, conseiller régional Île-de-France (PS) ; Isabelle Kersimon, journaliste ; Alban Ketelbuters, doctorant en littérature ; Renaud Labes, enseignant en sciences économiques et sociales ; Yolande Laloum-Davidas, consultante en communication ; Alain Laskawiec, cadre fonction publique d’État ; Laurie Laufer, psychanalyste, professeure de psychologie, Paris-Diderot ; Pierre Le Bec, blogueur ; Erwan Le Page, dirigeant ; Loïc Le Quellec, directeur de recherche émérite au CNRS ; Marie-Ange Lebas, psychanalyste ; Nicolas Lebourg, historien ; Carole Lemee, anthropologue ; André Markowicz, poète ; Céline Masson, professeure de psychologie, université d’Amiens ; Nicolas Masuez historien ; Frédérique Matonti, politiste ; Maria Mellouli, chargée de communication ; Pascal Menigoz, journaliste ; Sylvie Mesure, sociologue ; Pascale Morel, professeure ; Denis Moscovici, dirigeant ; Jean-Luc Muller, réalisateur audiovisuel ; Denis Murat, ingénieur ; Karim Ourabah, consultant opérationnel ; Brice Payen, écrivain ; Marie-Ange Picot, professeure des écoles ; Alain Policar, politiste ; Mathilde Pousseo, dirigeante associative ; Jean-Yves Pranchère, philosophe ; Valéry Rasplus, sociologue ; Myriam Revault d’Allonnes, philosophe ; Julien Rioult, hôtelier ; Jean-Louis Rossi, militant antiraciste ; Laurence Rossignol, ancienne ministre des Droits des femmes et de la famille, sénatrice de l’Oise ; Gilles Rozier, écrivain et éditeur ; Fanny Rumiz, infirmière en secteur psychiatrique ; Sylvain Saint-Pierre, enseignant ; Bruno Saussier, journaliste ; Florence Sautereau, institutrice ; Teldja Seniguer chargée d’études économiques ; Shy Shriqui, dirigeant ; Julie Siboni, cinéaste ; Dominique Sopo, président de SOS-Racisme ; Antoine Spire, rédacteur en chef du Droit De Vivre ; Mario Stasi président de la Licra ; Benjamin Stora, historien ; Brigitte Stora, écrivaine ; Danielle Storper Perez, anthropologue ; Gaël Tabarly, chargé de coopération internationale ; Sharon Tardigraski Sofer, entrepreneure ; Alain Vanier, professeur de psychologie, Paris-Diderot, président Espace Analytique ; Jean-Pierre Vendredi, citoyen engagé ; Jean Vigreux, historien, professeur à l’université de Bourgogne Franche-Comté ; Saleha Vigreux-Benichou, professeure d’histoire ; Marina Ville, mathématicienne ; Naqdimon Weil, rédacteur ; Ibrahim Wetti, dentiste et interprète en langue arabe ; Rosemonde Wojciechowski, militante syndicale ; Khawla Youssef, interprète ; Julien Zakoian, dirigeant ; Serge Zolty, avocat.


Extrait du Monde du 04/05/18

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