Transports « solidaires » à Montauban : l’imposture

Article paru dans l’édition du Réveil de Tarn-et-Garonne du 11 juillet 2016

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Tarification « solidaire » des transports montalbanais : l’imposture

Difficile d’être passé à côté : le Grand Montauban pratique depuis un an une tarification « solidaire ». Placardé sur les panneaux publicitaires, diffusé à la radio, rabâché dans les bulletins municipaux, déposé dans nos boites aux lettres, depuis un an à Montauban, on nous le dit et le répète, les tarifs des bus scolaires sont « plus justes », « et c’est super ! ».

La nouvelle grille tarifaire expérimentée depuis le 1er juillet 2015 se voulait progressive en fonction des revenus : plus le quotient familial d’une famille est élevé, plus celle-ci devra payer cher le transport scolaire de ses enfants. Juste disposition a priori, pérennisée depuis le 1er juillet de cette année, et même étendue à l’ensemble des tarifs des bus urbains. Tarifs « solidaires » nous dit-on encore ? Qu’en est-il réellement ?

Le prétexte d’une augmentation déguisée

Dans les faits, que comporte la nouvelle grille tarifaire ? Elle supprime sine die une tranche, et applique à toutes les autres une augmentation. Et pas des moindres : à titre d’exemple, une femme vivant seule avec deux enfants a payé, avec un salaire net de 1200€ mensuel, 144€ en 2015/2016, contre 100€ l’année précédente ! + 44% ! Une augmentation « brutale » donc (de l’aveu même de M. Dejan, vice-président aux transports du Grand Montauban) qui a révolté nombre de parents d’élèves : des pétitions ont circulé dès le mois de septembre, adressées au maire de Montauban et à ceux d’autres communes de l’agglomération.

La réponse des élus ? La hausse des tarifs se justifierait par une amélioration du service, les élèves pouvant désormais prendre « gratuitement » les bus en dehors du temps scolaire. Ce que Mme Barèges se garde bien de nous dire, c’est que les investissements n’ont pas suivi : aucune nouvelle solution d’interconnexion de lignes, pas de développement du transport à la demande (la fameuse Libellule), pas de nouveaux véhicules spécifiquement affrétés. Les parents payent donc plus cher sans même pouvoir bénéficier d’un service amélioré. Et quid des enfants qui vivent dans les zones mal desservies (zones périurbaines et communes hors-Montauban), dont les parents paient pour un service qu’ils n’utilisent pas ?

En mars dernier, les élus d’opposition de Montauban ont exigé que l’enquête de satisfaction sur ces tarifs soit menée à son terme et que ses résultats soient publiés. Le simulacre d’enquête présenté trois mois après n’a servi que de prétexte pour généraliser la hausse à tous les transports urbains.

Généralisation de la hausse à tous les transports, pendant l’été

Discrètement, en plein été, au 1er juillet 2016, les tarifs des bus urbains ont donc augmenté. Le ticket unique vous coutera désormais 1,20€ (contre 1,10€ à Albi ou 1€ à Cahors). Il en va de même pour la quasi-totalité de la grille. Sans débat, sans étude d’impact, sans amélioration notable du service, ni en termes de fréquences, ni en termes de qualité, les Montalbanais paieront plus ches leurs transports urbains. Pour Mme Barèges, les charges de fonctionnement de la SEMTM (en charge de la gestion privée des transports) ne pouvant plus être couvertes par la collectivité, c’est désormais à l’usager (ou plutôt au « client ») d’en supporter une partie.

Plutôt que tarification « solidaire », parlons donc arbitrage politique… et reniement de campagne pour une équipe qui s’était engagée en 2014 à ne pas augmenter les tarifs au-delà du coût de la vie…

Faire payer l’usager, unique alternative ?

Avouons toutefois qu’avec plus de 150 millions d’euros de dette cumulée ville/agglomération, des dizaines d’autres planifiées en dépenses de prestige (aménagement des places du centre-ville, patinoire, etc.), les priorités financières de Mme Barèges ne laissent guère d’option : le Grand Montauban n’a plus les moyens de subventionner les transports collectifs.

Faire payer à l’usager un service qui a un coût pour la collectivité est normal. Lui imposer des hausses brutales, injustes et non justifiables n’est en revanche pas acceptable.

Oui, il fallait revoir la grille tarifaire des transports scolaire, mais en tenant compte dans la progressivité du niveau de vie des habitants, et en la couplant à un zonage pour différencier les espaces (centre de Montauban, centres des autres communes, hameaux et zones rurales). Le zonage aurait permis de questionner la couverture territoriale d’un service public de transport qui ne répond ni aux réalités du bassin de vie, ni aux enjeux démographiques des 20 ans qui viennent.

Le débat public sur la politique des transports du Grand Montauban n’aura pas lieu. Et en attendant, chers amis, il vous faudra mettre une fois de plus la main au portefeuille…

 

Réveil N° 3618 - 3619.pdf


 

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